mardi 17 avril 2007

Mensonges à la folie VI

Je me nomme Eldiablo Minouchka et ma vie est insipide.

Mais plus pour longtemps…

Hier, je suis allée sur la rue Sainte-Catherine. J’ai acheté dans une boutique spécialisée, des huiles essentielles. Une journée forte agréable.

Voilà comment je ne décrirai plus jamais les scènes de ma vie. Cette mollesse à raconter, cette absence de saveur qui suscite le bâillement à vous en arracher la glotte. Si belles soient-elles, je ne désire plus les récolter mais plutôt cueillir vos bouches admiratives et vos yeux perdus dans ce vide d’envie qui me fera jubiler de satisfaction.

J’ai décidé de devenir mythomane professionnelle, pour vous servir. Ma vie sera à l’image d’un roman d’aventure, une ode à mon imaginaire débridée qui pourra s’enfler à faire rougir les psychosés de cette terre. J’ai décidé de pousser les limites de ma cervelle et au diable les épris de vérité !

Vous voulez savoir ce que j’ai vraiment fait hier, par ce soir de pleine lune? Voilà la première aventure de ma nouvelle vie, où j’ai risquée mon âme dans l’antre d’un être vile et démoniaque afin de subtiliser la recette d’une huile luciférienne aphrodisiaque. Une arme bactériologique qui a pour but d'exterminer la race humaine. J’ai hésité longuement avant d’entreprendre cette escapade nocturne, non point pas crainte d’échouer mais par indécision. Est-ce que l’humanité si peu éprise d’imaginaire méritait que je lui porte secours ? J’en doute encore mais bon… j’avais un texte à écrire.

Je m’étais préparé en récitant un mantra très puissant afin de me protéger de tout esprit maléfique qui désirerait me posséder et défaire mon brushing travaillé. Une mise en plie, peu faire bien des ravages du côté sombre de la force et les experts savent bien que les coiffures bipèdes éloignent les démons de souches inférieures. Armé de ma croix de première communion, ainsi que de mon troisième œil infaillible, je me suis dirigée grâce à un outil de télé transportation à la boutique maudite, où le mal régnait en Dieu suprême.

Déjà dans l’escalier à la peinture défraîchit, je sentais les effluves du souffre qui s’attachaient à mes vêtements, s’enroulant autour de moi tels des serpents en mal d’étouffement. Les marches craquaient sous mes pas, piaillement de glas funestes. On annonçait m’a venu au maître des lieux. J’étais attendue.

En haut de l’escalier, passant la porte infernale, je l’aperçue enfin…

Portant la laideur comme un charme inhumain, le sorcier artisan de la recette de l’huile luciférienne se tenait debout et faisait clignoter son auréole glauque d’une manière perverse. Les bras croisés sur ce qui semblait être un torse d’homme, il me souriait attendant sa proie, rêvant de me dévorer le cœur façon médium saignant.

Un cœur trop cuit n’a plus aucune saveur, selon le guide alimentaire des sorciers de l’ouest. Je le savais bien donc voulant déjouer son odorat, je m’étais aspergé du nouveau parfum en vogue du nom d’Âme Noire que portaient les célébrités de mauvaises vies d’Hollywood. Je sentais le bon boudin grillé ! Aucune chance d’être servie à souper. Les briseurs de cœur, j’avais appris savamment à les éloigner.

Son tremblement nasal me prouva que j’avais fait un bon choix. Sa déstabilisation olfactive me permis de m’approcher sans danger de l’être démonique. Le pauvre clignait des yeux bizarrement, je cru venir le temps du 360 cervicale mais il se retint de peur probablement d’être obligé d’aller voir un chiro. Il y avait une pénurie de chiropraticiens spécialisés dans les entités malignes. Une tare pour le corps médical qu manifestait leurs mécontentements en désinfectant à l’eau bénite leurs instruments chirurgicaux provoquant ainsi des diarrhées pernicieuses.

Un gargouillement salua ma proximité et ce fut ainsi que le démon se présenta.

- Bonjour ! Je me nomme Jason pour servir. Nous avons des huiles en spéciales sur votre gauche. Si vous avez besoin d’aide n’hésitez pas à me demander…

L’approche était conforme à un rituel de présentation. Le démon avait pris un nom d’un tueur cinématographique célèbre et nous étions vendredi. C’était la totale, je me devais de rester forte et braver les énergies négatives qui me transperçaient. J’entrepris de manipuler son esprit afin de le convaincre de se déposséder de l’huile maléfique. La procédure du contrôle de l’esprit est de réciter tous bas et à l’envers la chanson l’oiseau de René Simard. J’avais une extinction de la voix, la chance jouait pour moi.

- Vous avez des huiles aphrodisiaques ?
- Certainement Mademoiselle. Laissez-moi vous faire sentir la plus efficace.

Vaincre aussi facilement était presque désolant. Les forces du mal n’étaient plus ce qu’elles étaient. J’étais honteuse pour ce Jason, ce Belzébuth de pacotille. Encore un néophyte probablement… mais idéal pour une première mission.

La bouteille contenant le liquide sulfureux entre les mains, je sortis rapidement. Il y avait des limites à risquer sa vie pour un monde contenu qui ne débordait jamais de son contenant!

Terminée la routine ! Maintenant j’avais enfin une vie…

Mylène

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