mardi 17 avril 2007

Mensonges à la folie II

J’ai la c hance d’être propriétaire d’une adorable petite boulangerie, en plein coeur du vieux port de Montréal. On y retrouve les saveurs et les senteurs qui ont charmées mon enfance. On y entend tous les accents et on y croise aussi bien des célébrités du spectacle que des Arts et des Lettres. J’aime à penser que la tête vous tourne lorsque vous inhalez le parfum enivrant des pains et des pâtisseries en pénétrant ici.

Émile Cabrol et sa femme exploitaient déjà cette petite boulangerie en 1889. Leur fils Edmond reprit l’affaire familiale en 1908. Suzanne Cabrol, la fille d’Edmond et épouse de Julien Vidal prit la suite. Dès 1953, Marcel Vidal leur fils (et mon père) commença à travailler avec ses parents. A la mort de son père, Marcel reprit la boulangerie familiale et la développa. Aujourd’hui, je suis la relève. Je propose à ma clientèle des pains rustiques et de fantaisie, des viennoiseries, petits gâteaux et entremets ainsi que des sandwiches préparés à la demande. Les pains sont fabriqués dans les plus grandes règles de l’artisanat : pétrissage, pointage, façonnage, apprêt, longue fermentation, cuisson… Mon innovation à moi c’est l’installation d’un salon de thé. L’année dernière, la galerie d’art adjacente à la boulangerie a fermé. J’ai repris le bail, abattu la cloison et y installa mon salon de thé. Je mis ainsi à la disposition de ma clientèle une petite restauration dite « à la française ». Tartes salées et sucrées, crêpes variées, plats simples et salades composées, le tout préparé sur place.

Tous les jours, c'est une gamme d'environ 70 produits frais qui sont fabriqués. Nous sommes le 12 février, mon calendrier indique que nous sommes la St Eulalie et aujourd’hui est un grand jour. En effet, je viens de mettre au point ma toute dernière création : une sorte de « madeleine » fourrée avec un choix de 7 parfums différents (un pour chaque jour de la semaine). J’avais envie de relancer la madeleine, elle était « out » ces dernières saisons. J’ai d’abord élaboré ma base avec des ingrédients nobles : de la farine extra blanche, des œufs frais et du beurre fin demi-sel. Le goût et la texture s’en sont trouvés merveilleusement moelleux et le pourtour de ma madeleine légèrement croquant. Elles pourront ainsi facilement s’emporter sans s’effriter.

Je voulais une madeleine fourrée (et non pas fourrer ma madeleine, hahaha !). En fait, je voulais que la petite excroissance sur le dessus de la madeleine serve de contenant à une délicieuse ganache. En croquant dans la fameuse bosse de la madeleine, le client enfouirait ses dents dans une nouvelle cavité de saveur. Un vrai trompe œil ! Pour la ganache, la sélection des fèves de cacao se fit auprès de mon fournisseur. Celui-ci me suggéra les fèves de cacao provenant de la Côte-d’Ivoire et de l’Équateur. Sur ce, je décidais de mes 7 déclinaisons. A l’unanimité de moi-même, je choisis une ganache au cacao 70%, au café de Colombie, à la vanille de Madagascar, au thé Earl Grey, au caramel & beurre salé, à la confiture de framboise, et pour finir, à la confiture de pomme.

Néanmoins, je ne suis pas au bout de mes peines. Le plus dur avec un nouveau produit n’est pas forcément sa préparation. Indépendamment de son aspect et de son goût, c’est avant tout son nom qui fait le succès d’une bonne pâtisserie. Effectivement, le nom d’une pâtisserie doit évoquer sans rebuter, il doit promettre sans décevoir. Bref, un véritable casse-tête.

Qu’on se le dise, tout est une question d’appellation. Que serait un choux à la crème nappé de chocolat sans sa Religieuse, un mélange chocolat-café-mascarpone sans son Tiramisu, un pudding sans son Chômeur ! Comment vais-je donc baptiser mon nouveau né ?

Depuis le début de la confection de cette fausse madeleine, j’ai le mot mensonge qui me trotte dans la tête. Mensonge parce que ce n’est pas une petite madeleine innocente et toute sèche que le client va engloutir. Non, non, non. C’est une supercherie gustative qui enchantera son palais grâce à de subtiles associations de saveurs. Il succombera au croquant et au fondant de ma madeleine ! Mais Mensonge ne suffit pas, on reste sur sa faim. Je viens de me souvenir ce que disait ma grand-mère à la St Eulalie : « Beau temps à la St-Eulalie, pommes et cidres à la folie » !!

Le voilà mon nom : Mensonges à la Folie.

Delphine

1 commentaire:

Eldiablominouchka a dit…

Bonjour voilà que je teste le système des messages. Cela semble compliqué quelque peu... MERDE!