jeudi 24 mai 2007

Si j’avais mille ans VII

J’ai 2 ans, je parle franc, je fais rire maman. Déjà je ne porte plus de couches, mais j’ai tendance à exhiber mon talent artistique en peinturant les murs de ma chambre avec mon caca. Quant à moi, je ne me souviendrai plus de rien, mais c’est ce qu’on va me raconter.

Je viens de souffler onze bougies sur mon gâteau d’anniversaire. Maintenant ce n’est plus mon talent artistique que j’exhibe, mais plutôt mon nombril. Vite, qu’on en finisse de ce cirque, j’veux juste rejoindre mes amis et apprendre le vrai sens du mot « fête ». Après avoir ingurgité une bouteille de vinasse, à la paille bien entendu, pour l’effet, et avoir fumé mon premier joint, j’ai eu comme un malaise. De cet épisode, je ne garderai qu’un vague souvenir et une tache permanente de vomis sur ma doudou. Maman me le rappellera plus tard, surtout en présence de mes amis!

Wow, yo man! 18 ans, c’est chill! Plus besoin de fausses cartes et j’peux m’envoyer en l’air quand ça me tente. Le Cégep dépasse mes attentes. C’est pas tout d’apprendre dans les livres, ici on privilégie l’expérience : comment bien proportionner son bloody Caesar ou bien comment construire une pipe à eau à partir d’objets anodins. Ne cherchez pas ma photo dans l’album de finissants, trop occupée à vivre, il semblerait que j’ai oublié d’ouvrir mes livres. C’est ce que j’en conclurai lorsque je regarderai mes relevés de notes.

20 ans. Je change de niveau de langage. Maintenant je m’exprime avec l’accent pointu, l’accent des gens qui PENSENT et qui SAVENT. Comme moi. Je parle la langue de ma génération. Non, mais c’est vrai, les vieux sont à côté de la plaque. Ils ne sont plus dans le coup. Qu’ils se taisent à jamais et qu’ils nous laissent la place. J’ai la vie devant moi et le vent dans les voiles. Il semblerait qu’effectivement, j’aurai la vie devant moi!

À ce stade-ci, j’ai plutôt tendance à vouloir taire mon âge. D’accord, 40 ans ce n’est pas vraiment vieux, mon intelligence n’est en rien diminuée, et comme j’ai passé les 10 dernières années au gym, mon corps n’est pas trop mal non plus, mais c’est le chiffre 40, le fait qu’il représente la moyenne de la durée de vie d’un être humain, qui me dérange. J’ai cumulé les amours, et les séparations aussi. Pas d’enfants, non, les enfants c’est trop con, et puis ça vous magane un cul! Je fais carrière en mode pour adolescents; les chandails bedaine et les minis-mini-jupes, c’est moi. Je suis plutôt fière de ce que j’ai accompli. On me rappellera plus tard que ce n’était pas mon meilleur coup.

J’ai arrêté de compter parce que ça ne marche plus. J’ai autour de 152 ans, mais le processus de vieillissement s’est arrêté chez moi vers l’âge de 46 ans. J’ai consulté des spécialistes afin de comprendre ce qui m’arrivait, et aussi pour justifier mon apparence auprès de ma famille et de mes amis qui me soupçonnaient d’avoir recours à la chirurgie esthétique de façon abusive. Ils (les spécialistes) n’ont jamais rien trouvé et moi j’ai arrêté de m’en faire à 115 ans. Je venais de passer 35 ans à attendre la mort. Il paraît que je l’attendrai longtemps.

Comme je ne semble pas vouloir m’éteindre, aussi bien me remettre à vivre. Côté boulot c’est fantastique, j’en suis à ma 10e carrière. Après la mode, je me suis investie dans la coopération internationale. Faut dire que le monde va de mal en pis et que je n’ai pas eu à quitter le continent pour être utile. Après les bombardements de 2436, il n’est plus resté grand-chose de la Gaspésie, terre de mes aïeux. Ensuite je fus quelque temps prostituée, rêve que je caressais depuis toujours. C’est la misère humaine qui m’a inspirée ce besoin de pousser plus loin la notion d’entraide. Comme le monde était en reconstruction, j’ai voulu faire ma part et je suis devenue ensuite ingénieure. Et puis voilà quoi, les boulots se sont succédé, et les hommes et les femmes aussi. Bien oui, ne croyez pas que l’on vit 700 ans sans tâter de la polygamie et de la bisexualité! De plus, il faut varier, car je suis un peu lasse tout de même d’enterrer des gens. Ça tombe comme des mouches. Et puis en dehors du travail, de l’amour, de la mafia et de la religion, j’en ai tellement fait et vu que vous comprendrez que certains bouts de ce récit me seront rapportés. La mémoire étant une faculté qui oublie!

C’est mon anniversaire aujourd’hui, j’ai quelque chose comme 854 ans. Je me suis levée en pleine forme et j’ai pris la décision de couper tous les contacts avec ma famille. Nous en sommes à la 26e génération. Toute une gang de petits morveux profiteurs. Je ne suis toujours pas idiote et je comprends bien leur petit manège. Ils se passent le mot de génération en génération concernant le montant de mes REER, plutôt élevé je dois l’admettre (il a même fallu inventer un mot pour désigner cette fortune). Ils me collent au cul d’en l’espoir d’en tirer quelques profits. Qu’ils aillent au diable, de toute façon ils crèveront tous avant moi! Enfin, c’est ce que moi-même j’en conclurai chaque fois que l’un d’eux trépassera.

Je suis un peu fatiguée là-là. À mille ans, je crois bien avoir fait le tour. C’est étonnant tout de même de constater que je n’ai rien fait d’extraordinaire. Depuis toutes ces années, j’aurais bien pensé avoir un jour mon heure de gloire! J’ai dormi environ 2 920 000 heures, ingurgité plusieurs kilos de nourriture et de litres de liquide, surtout de l’alcool. Je crois avoir fait l’amour 3 054 050 fois (il ne faut pas oublier mes 36 années de travail en prostitution). Autour de moi, j’ai fait le bien parfois, et le mal aussi, mais chaque fois avec passion. Je vous entends d’ici me dire que ce temps aurait pu être mieux utilisé. Ben voyons. Tant qu’on est dedans, on ne le voit jamais passer. Vous saurez peut-être me le dire un jour.

Ce soir j’ai essayé une nouvelle drogue (en passant, le cannabis n’existe plus depuis 2438, il s’est éteint à peu près en même temps que la Gaspésie), la chrynéotaraphine. Wow! Après avoir été gelée, au sens littéral du terme, j’ai eu des visions. Une réminiscence. Je me suis revue le soir de mes 11 ans. Ma longévité je la dois au pacte que j’ai fait avec le Diable ce soir-là. Il m’apprendra au matin de mes 1001 ans, jour où je cesserai pour toujours de me relever, que je me suis prêtée à sa science de la vie éternelle afin qu’il puisse étudier le phénomène chez moi. Il a finalement gagné son pari contre Dieu : l’Homme, qu’il vive 100 ans ou 1000 ans, sera toujours l’étranger du temps.

Malheureusement, on m’empêchera de me souvenir de ma vie et je ne pourrai jamais partager avec vous cette science.

Lyne

mardi 17 avril 2007

Mensonges à la folie II

J’ai la c hance d’être propriétaire d’une adorable petite boulangerie, en plein coeur du vieux port de Montréal. On y retrouve les saveurs et les senteurs qui ont charmées mon enfance. On y entend tous les accents et on y croise aussi bien des célébrités du spectacle que des Arts et des Lettres. J’aime à penser que la tête vous tourne lorsque vous inhalez le parfum enivrant des pains et des pâtisseries en pénétrant ici.

Émile Cabrol et sa femme exploitaient déjà cette petite boulangerie en 1889. Leur fils Edmond reprit l’affaire familiale en 1908. Suzanne Cabrol, la fille d’Edmond et épouse de Julien Vidal prit la suite. Dès 1953, Marcel Vidal leur fils (et mon père) commença à travailler avec ses parents. A la mort de son père, Marcel reprit la boulangerie familiale et la développa. Aujourd’hui, je suis la relève. Je propose à ma clientèle des pains rustiques et de fantaisie, des viennoiseries, petits gâteaux et entremets ainsi que des sandwiches préparés à la demande. Les pains sont fabriqués dans les plus grandes règles de l’artisanat : pétrissage, pointage, façonnage, apprêt, longue fermentation, cuisson… Mon innovation à moi c’est l’installation d’un salon de thé. L’année dernière, la galerie d’art adjacente à la boulangerie a fermé. J’ai repris le bail, abattu la cloison et y installa mon salon de thé. Je mis ainsi à la disposition de ma clientèle une petite restauration dite « à la française ». Tartes salées et sucrées, crêpes variées, plats simples et salades composées, le tout préparé sur place.

Tous les jours, c'est une gamme d'environ 70 produits frais qui sont fabriqués. Nous sommes le 12 février, mon calendrier indique que nous sommes la St Eulalie et aujourd’hui est un grand jour. En effet, je viens de mettre au point ma toute dernière création : une sorte de « madeleine » fourrée avec un choix de 7 parfums différents (un pour chaque jour de la semaine). J’avais envie de relancer la madeleine, elle était « out » ces dernières saisons. J’ai d’abord élaboré ma base avec des ingrédients nobles : de la farine extra blanche, des œufs frais et du beurre fin demi-sel. Le goût et la texture s’en sont trouvés merveilleusement moelleux et le pourtour de ma madeleine légèrement croquant. Elles pourront ainsi facilement s’emporter sans s’effriter.

Je voulais une madeleine fourrée (et non pas fourrer ma madeleine, hahaha !). En fait, je voulais que la petite excroissance sur le dessus de la madeleine serve de contenant à une délicieuse ganache. En croquant dans la fameuse bosse de la madeleine, le client enfouirait ses dents dans une nouvelle cavité de saveur. Un vrai trompe œil ! Pour la ganache, la sélection des fèves de cacao se fit auprès de mon fournisseur. Celui-ci me suggéra les fèves de cacao provenant de la Côte-d’Ivoire et de l’Équateur. Sur ce, je décidais de mes 7 déclinaisons. A l’unanimité de moi-même, je choisis une ganache au cacao 70%, au café de Colombie, à la vanille de Madagascar, au thé Earl Grey, au caramel & beurre salé, à la confiture de framboise, et pour finir, à la confiture de pomme.

Néanmoins, je ne suis pas au bout de mes peines. Le plus dur avec un nouveau produit n’est pas forcément sa préparation. Indépendamment de son aspect et de son goût, c’est avant tout son nom qui fait le succès d’une bonne pâtisserie. Effectivement, le nom d’une pâtisserie doit évoquer sans rebuter, il doit promettre sans décevoir. Bref, un véritable casse-tête.

Qu’on se le dise, tout est une question d’appellation. Que serait un choux à la crème nappé de chocolat sans sa Religieuse, un mélange chocolat-café-mascarpone sans son Tiramisu, un pudding sans son Chômeur ! Comment vais-je donc baptiser mon nouveau né ?

Depuis le début de la confection de cette fausse madeleine, j’ai le mot mensonge qui me trotte dans la tête. Mensonge parce que ce n’est pas une petite madeleine innocente et toute sèche que le client va engloutir. Non, non, non. C’est une supercherie gustative qui enchantera son palais grâce à de subtiles associations de saveurs. Il succombera au croquant et au fondant de ma madeleine ! Mais Mensonge ne suffit pas, on reste sur sa faim. Je viens de me souvenir ce que disait ma grand-mère à la St Eulalie : « Beau temps à la St-Eulalie, pommes et cidres à la folie » !!

Le voilà mon nom : Mensonges à la Folie.

Delphine

Mensonges à la folie III

Je n’entends plus rien, seulement les battements de mon cœur. Popom…Popom. Je me concentre afin de retrouver un rythme régulier. Entre chacun des battements qui me déchirent la poitrine, je compte, 3…2…, puis de 3 coups de tonnerre à la seconde qui me font sursauter. Je dois y arriver.

Ce matin, au sortir du lit, à peine réveillée et entre 2 bâillements, ma fille m’a demandé quand son père allait revenir et s’il était partit pour toujours avec cette « belle grande madame». J’ai prétexté avoir oublié une casserole sur le feu pour éviter de lui répondre. Quoi lui dire? Que cette « belle grande madame » est en fait la chienne qui m’a volé mon mari? Que son père traverse la crise de la 40aine et qu’il est à la recherche de jeunes corps et d’implants mammaires? Que je suis rendu moche et inintéressante à force de laisser agir les choses et le temps sur moi plutôt que de réagir? Que son père ne reviendra sans doute pas car, soyons honnête, le bonheur avait depuis longtemps déserté notre toit? Par chance, mon subterfuge et la tasse de chocolat chaud que je lui ai apporté lui ont fait oublier et sa question, et ma réponse.

Ça tambourine toujours aussi fort là-dedans, mais de façon plus régulière. Mes yeux sont fermés et j’ai peur de les ouvrir. J’aime ce noir qui me recouvre. D’ailleurs j’aime le noir tout court. En plus d’amincir la silhouette, le noir camoufle, dissimule, masque. Masque – Mascara – Mascarade. Je peux me fondre dans le noir. Fondue au chocolat noir. Je délire, me laisse emporter par les mots. Maudit – Mots dits – Mauviette. Dans mon âme, il y un écho. Je surf sur les résonances. Je vague – divague.

En arrivant au travail à 8h30, j’avais déjà les yeux et la chemise cernés, les uns par manque de sommeil, l’autre à cause du café but à la hâte dans la voiture. Après m’avoir lancé un regard de travers, le patron m’a invité à passer dans son bureau. Je voyais déjà la scène et je n’avais en cet instant aucune disposition pour le jeu. À contrecoeur, je m’y suis rendu, les yeux pointés vers le sol et les épaules courbées, telle une coupable sur le banc des accusés. Pourtant je ne me sentais nullement coupable. Juste lasse.

-Ève, ça se voit bien que tu traverses un mauvais quart d’heure. T’as pas envie d’en parler?
- …
-Tu sais, je sais me montrer compréhensif, ça fait du bien de se vider le cœur.
- …
-Est-ce que tu as des ennuis à la maison? Avec tes enfants? Ton mari?
- …
-Parles bon sang Ève, tu accumules les erreurs et je ne sais plus comment faire pour les camoufler. Je ne peux pas demander à Gérard de passer sans cesse derrière toi pour te couvrir!
- …
-Bon dieu de merde, t’entends ce que je te dis?
- …
-OK là! Tu ne me donnes plus le choix Ève, je te donne le reste de la semaine pour te reposer et faire le point. Lundi matin, ok? Lundi matin je veux te voir revenir en forme. Ce sera ça ou bien…

J’ai tenté d’ouvrir les yeux, mais de l’eau perlait par leur interstice, m’obligeant à les refermer aussitôt. De l’eau qui coule, qui sort par les trous de mon corps. Pourquoi des piercings lorsqu’on a le corps déjà troué de partout? Cette eau qui s’écoule, ce ne sont pas des larmes, parce que des larmes, je n’en ai plus. Je suis prisonnière du noir de mes yeux. Mon cœur cogne maintenant moins fort. Il se fait plus discret.

En entrant plus tôt que prévu à la maison, j’avais un message :
-Allo Ève, c’est maman…J’ai téléphoné au travail et on m’a dit que tu étais en congé pour le reste de la semaine? Tu dois avoir une grosse grippe aussi, j’tavais prévenu la semaine dernière de te couvrir mieux que ça! Ca t’y d’l’allure de sortir nu tête à -30 degré! Bon j’voulais te dire que ta cousine Francine organise une fête pour ta tante Germaine qui va avoir 75 ans. Tu te souviens de ta cousine Francine? Pis de ta matante Germaine? Bon ben on va faire ça au … au…ah pis! C’est trop plate de parler à ta machine, faque rappelles-moi là, pis vite, tu sais que c’est pas bon pour ma pression quand je suis inquiète…maudits enfants égoïstes va…si je peux partir, tu vas l’avoir la paix!

Maman, maman tourmente, maman mamelles, maman matrone. Si tu m’avais dit, j’suis pas sûre que j’t’aurais choisie! Mais a-t-on réellement le choix de ses parents? Je respire presque normalement. Ca vient tout seul; c’est la machine humaine qui reprend ses droits. D’ailleurs je ne cherche plus à contrôler ce corps que je ne reconnais plus comme le mien. J’ai cessé toute revendication dans ce domaine depuis…depuis…en fait j’ignore depuis quand j’ai abdiqué. Je suis un automate. Tomate – Patate – Patraque – CLAQUE!

J’étais étendue sur le divan lorsque la sonnerie du téléphone a retentie. Patrick. Il ne pourrait aller chercher la petite à l’école ce soir, un rendez-vous de dernière minute ultra-archi-important-et-qu’il-ne-peut-absolument-pas annuler-ou-reporter. Ca m’a laissé de glace. De toute façon, cette chanson, je la connaissais par cœur. Toujours le même refrain, il n’y a qu’au couplet qu’il apportait parfois de légères variantes.

Je m’enfonce toujours plus profondément dans la noirceur. Je sens ma peau qui rétrécie, bientôt, elle ne me fera plus. Je frissonne. Je ne vois pas l’heure, mais je sais qu’il est bientôt temps d’aller chercher Élizabeth à l’école. Et si je n’y allais pas? De toute façon, lorsqu’elle me regarde, lorsqu’elle me parle, je sais ce qu’elle voit : rien du tout. Je suis devenue transparente. Plus rien ne me fait réagir. Plus rien n’a d’emprise sur moi.

Je suis vide de toute substance. J’ai lutté autant que j’ai pu, j’ai menti à la folie, aux autres, mais surtout à moi. J’ai menti jusqu’à en devenir folle. Jusqu’à me perdre. Jusqu’à en perdre la tête. La ligne est si mince qu’un beau jour, sans m’en rendre tout à fait compte, je l’ai franchi. Peut-être pensais-je y trouver un réconfort? Ce n’est pas tout à fait faux. Coupé du reste du monde, la souffrance n’existe plus.

Voilà. Je n’existe plus. Ni pour personne, ni pour moi. Alors je vais me laisser couler. Je n’ai qu’à baisser la tête de quelques petits centimètres et laisser l’eau entrer dans mes poumons. Il paraît que ce n’est pas souffrant. Qu’on a le temps de revoir le film de sa vie. Existe-t-il un moment que j’aimerais revivre…je ne le crois pas. De revoir ma vie sera la confirmation qu’il ne pouvait exister d’autre fin que celle-ci.

Mon cœur bat toujours. La peur, comme le reste, m’a abandonnée. C’est signe qu’il est temps. Tout de même, je me demande qui de Patrick, maman ou Élizabeth me trouvera le premier, dans la baignoire toute ratatinée? À moins que ça ne soit le concierge ou un agent de police? Ce serait mieux ainsi. Au fond, ça m’est complètement égal.

Sur ma tombe, je veux qu’on inscrive ceci :

Ici gît l’ombre de moi-même
Je vous ai vu
Je vous ai haï
Je nous ai menti
Ayant sombré dans la folie
Je m’enfuis

Lyne

Mensonges à la folie IV

Mensonges? Que dire de ce mot qui ouvre la porte à une tonne de révélations qu’on croit ou qu’on veut bien se faire croire? Pourquoi, au juste?

Pour se donner bonne contenance, pour bien paraître, pour faire partie du club sélect des ceci et cela, pour être sûre d’agir selon la tendance, pour faire plaisir ou encore pour ne pas faire de peine.

«Le mensonge n’est bon à rien puisqu’il ne trompe qu’une fois», disait avec raison Napoléon Bonaparte. «La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur», soutenait de son côté Albert Camus. Et l’ineffable Sacha Guitry (remarquez que je n’ai choisi que des personnalités françaises!), pour vous faire plaisir, donc, je disais, l’ineffable Sacha Guitry disait de son côté : «L’un des mensonges les plus fructueux, les plus intéressants qui soient, et l’un des plus faciles en outre, est celui qui consiste à faire croire à quelqu’un qui vous ment qu’on le croit.»

Personne sur cette terre, même la meilleure personne au monde, ne pourra pas dire qu’elle n’a jamais menti de sa vie. Mensonges blancs et peut-être un peu plus excusables (pour ne pas heurter un ou des egos, pour ne pas blesser, ou préoccuper inutilement, ou encore pour ne pas dévoiler un cadeau avant le jour fatidique), sont en fait des camouflages qui font meilleure figure parce qu’ils sont «orientés vers le bien».

Mais il y a ces autres, mensonges noirs, qui apportent le tonnerre et les éclairs, la foudre, à cause de ce qu’ils laissent prévoir comme problèmes. Des vices qu’on veut cacher, quels qu’ils soient (et je n’accuse personne, étant moi-même loin d’être parfaite) ou des révélations porteuses de drames, de cœurs qui seront blessés ou de trahisons qui seront jugées impardonnables. Mais je m’arrête là, car le terrain est trop glissant et nous ne sommes quand même pas ici (Dieu merci!) dans un cours de morale ou dans un confessionnal.

Je choisis plutôt d’aborder le volet «à la folie» des mensonges. Son aspect ludique, désinvolte, charmant, innocent, candide, voire irrésistible et sans contredit, tout à fait inoffensif.

Je veux parler ou me souvenir de ces châteaux qu’on construisait dans sa tête quand on était enfant, ou de ces séances entre petites camarades alors qu’on était deux grandes dames de la haute société et qu’on se recevait pour le thé. Le temps n’existait plus, il n’y avait aucun problème à l’horizon, tout le monde s’aimait; il n’y avait plus de guerres, de haine, de goût immodéré pour l’argent, d’enfants qui mouraient de faim ou qui étaient maltraités, de sida dévastateur, d’armes meurtrières ou d’exploitation éhontée des ressources naturelles ou pire encore, de celle d’un homme ou d’une femme sur un enfant, un homme ou une autre femme. Mensonges ou idéalisme? J’opte pour le second, c’est sûr.

Peut-on cumuler les mensonges par idéalisme? Je ne crois pas, à moins d’être inconscient ou indifférent au sort du monde. Parce que c’est ça dont il est question. Si l’on convient que seuls les êtres humains peuvent mentir (et je n’ai jamais vu un chien ou un chat mimer l’indifférence quand il s’est ennuyé de son maître ou de sa maîtresse pendant toute une journée!), peut-on espérer que les mensonges à la folie serviront un jour à bon droit, c’est-à-dire à resserrer les liens entre hommes et femmes? Je l’espère, au risque de paraître franchement croulante ou fleur bleue.

Des mensonges blancs à la folie, oui, s’ils servent à faire la fête sans causer de problèmes à soi ou aux autres, à réconforter un enfant, un ado, un adulte ou un aîné, à lui faire oublier, pour un temps du moins, les travers de sa maladie ou de sa solitude lancinante, à lui rendre la vie meilleure, ou encore, dans un autre ordre d’idées, à passer une soirée inoubliable avec son amoureux. Mais là, on ne parle plus de mensonges, mais de sollicitude, d’affection, d’amour.

La vie n’est pas facile, je n’apprends rien à personne. Les coups durs se succèdent souvent à un rythme non désiré. Heureusement, ils sont entrecoupés, le plus souvent, de grandes journées de soleil. En fait, ça ne peut pas toujours aller mal.

Je choisis de remplacer les mensonges noirs par l’acceptation de soi et des autres, l’affirmation personnelle, la paix intérieure et la sérénité. Combat de tous les jours en ce qui me concerne.

Merci, sujet de mensonges à la folie (et à Corinne de l’avoir choisi) et pour cette porte que ce club d’écriture me permet d’ouvrir pour affiner ma plume. Mon amour des mots et l’occasion de rencontrer d’autres qui ont la même passion que moi sont un beau cadeau que m’apporte 2007 en ce début d’année! Longue vie à ce club d’écriture et au nom que nous aurons (ou avons) choisi! Puissions-nous nous amuser longtemps à ces luttes épiques de cape et d’épée au royaume des milliers de mots de notre belle langue française. Merci!

Marie-Josée

Mensonges à la folie V

Moi, les mensonges, je connais ça! C’est vrai. J’en entends à longueur de journée, parfois même le soir et le week-end et ce, depuis toujours, enfin pas tout à fait. Disons depuis 1921. Cette année-là, je me souviens très bien que le jeune John Augustus Larson étudiait en médecine à Berkeley, la célèbre université de Californie. Il était un élève extrêmement brillant qui ne sortait jamais son nez de ses livres ou de ses notes de cours. Des amis? Je ne lui en connaissais pas. Peut-être le fait qu’il soit né dans le petit village de Shelburne en Nouvelle-Écosse expliquait son entêtement à vouloir réussir, et par conséquent à ne pas se laisser aller aux distractions. Remarquez, c’est moi qui le déduit. Peut-être qu’au fond, il était juste comme ça, un solitaire. Du coup, dès qu’il rentrait à la maison le soir, nous passions beaucoup de temps ensemble. Parfois, un officier de police du département de police de Berkeley se joignait à nous, mais la plupart du temps, nous restions tous les deux. J’étais un peu plus vieux que lui.

Pour la petite histoire, et bien sachez que c’est chez un Italien, Cesar Lombroso, que j’ai été conçu, en 1885. Je dis bien un Italien, car je ne veux pas employer délibérément le mot «père». Pourquoi ? Parce que je ne suis sûr de rien. Ce que je sais cependant, c’est que c’est chez lui que j’ai vécu mes premières expériences. Lombroso bénéficiait d’un don exceptionnel, celui de déterminer l’honnêteté ou la malhonnêteté chez les gens qui nous entouraient. Sans doute son métier de médecin et de psychiatre y était pour quelque chose. Enfin, bref, c’est quand même chez lui que j’ai découvert ce qu’était le mensonge. C’était vraiment stupéfiant de voir défiler tous ces gens dont la pression sanguine ne faisait qu’un tour, lorsque Lombroso les surprenait en flagrant délit de mensonge. Quel spectacle ! Pitoyable, certes, mais quel spectacle… Je m’en délectais. Fièrement, je claironnais que j’y étais pour quelque chose. Non, non, rien de prétentieux dans ce geste, simplement les faits qui me font croire que j’y étais vraiment pour quelque chose, parce qu’à chaque fois qu’une personne mentait de façon frivole ou de façon pernicieuse, j’étais présent… là… tout près.

Malheureusement, malgré toutes ces années passées aux côtés de Lombroso et notre apparente grande complicité - souvent je l’entendais dire « piccolo è tutta la mia vita » -, l’Italien me laissa tomber. Il vint à ne plus s’occuper de moi. Tel un vieux dossier, il m’avait tabletté. Alors, comme visiblement, je n’avais plus rien à apprendre de lui, Sir James Mackenzie me prit sous son aile, dans le but inavoué de faire de moi, SON objet. Évidemment, tout cela me semblait incroyable car j’avais là, une chance inouïe de montrer à tous ce que j’avais dans le ventre. Mais Sir James Mackenzie ne travaillait pas seul sur mon cas. Il se faisait souvent aider par son ami Sebastien Shaw, un horloger de Lancashire, en Angleterre. Ce dernier était plutôt du genre à ne pas perdre son temps. Réglant tout au quart de tour, je me devais de suivre son rythme et surtout d’être à la hauteur de ses attentes. Mais je ne l’étais pas. Situations embarrassantes sur situations embarrassantes, je me retrouvai le temps d’un autre mensonge, aux États-Unis chez le docteur William Moulton Marstan, un avocat américain et psychologue. Une fois de plus, les déformations volontaires de la vérité me nuirent terriblement. Enfin bon, je vous épargne les détails, puisque après ce triste et court épisode chez le doc Marstan, je me suis retrouvé sous le chaud soleil de la Californie, mais enfermé entre une chambre d’étudiant, celle de John Augustus Larson, et un de ces sombres et miteux laboratoires universitaires. Plus j’y pense et plus je crois que tout a commencé là. En 1921. Larson avait entendu parler de moi, alors qu’il venait de se pointer au département de police de Berkeley pour porter plainte. Quelqu’un lui avait volé son vélo, son unique moyen de transport. Il y tenait. Dans l’attente de témoigner devant un des agents, il écoutait d’une oreille plus attentive qu’il ne le laissait paraître les conversations des deux officiers, postés devant la machine à café. Le jeune étudiant entendit alors combien les policiers avaient de la difficulté à soutirer des informations aux différents suspects qu’ils interrogeaient. Mais qu’il existait un moyen qui pourrait peut-être les aider à résoudre leurs enquêtes criminelles.

En chemin, il n’eut de cesse de penser à la discussion qu’avaient tenue les deux hommes. Il se dirigea aussi vite qu’il le put, à pied, vers la bibliothèque de l’université et se plongea, jusqu’au soir, dans des encyclopédies diverses, histoire de trouver une idée géniale.

Et c’est là que je fis mon entrée officielle dans la vie de John A, Larson. Il trouva en effet les résultats des travaux du docteur Cesar Lombroso. Vous vous souvenez? Celui chez qui j’ai découvert ce qu’était le mensonge. Puis, poursuivant ses recherches inlassablement, il lut d’autres textes relatant notamment les expériences de Sir James Mackenzie et même celles du docteur William Moulton Marstan. Sans le vouloir, j’étais lié à jamais à ce jeune psychologue en devenir. Ensemble, nous avons travaillé des heures, des jours et des mois. Il ne vivait que pour moi, ne pensait qu’à moi. Il me tritura, me modela à son image, améliora mon apparence, m’aida à savoir qui j’étais vraiment. Il voulait tellement que je sois parfait qu’il n’en dormait plus. Aucun détail ne lui échappait. Oui, je devais être parfait. Et quand je répondis enfin à ses attentes, nous primes rendez-vous au poste de police. Il ne fallait pas que je déraille car pour John Augustus, c’était le jour de sa vie. Les officiers nous avaient préparé la salle de conférence et tout semblait en place pour une première expérience. Lorsque Larson eut fini les présentations, je savais que c’était à moi de jouer. Je réussis le test haut la main. Je ne mesurais pas la vérité, mais je réagissais, comme il me l’avait enseigné, au corps humain. Au pas au mien, puisque je n’ai pas d’enveloppe charnelle. Vous l’avez, en effet, compris, je ne suis qu’un polygraphe, ou si vous préférez un détecteur de mensonge. Et quand je vous dis que les mensonges, je connais ça, figurez-vous que ce ne sont pas des blagues. J’en entends plus d’un million par année.

Corinne

Mensonges à la folie VI

Je me nomme Eldiablo Minouchka et ma vie est insipide.

Mais plus pour longtemps…

Hier, je suis allée sur la rue Sainte-Catherine. J’ai acheté dans une boutique spécialisée, des huiles essentielles. Une journée forte agréable.

Voilà comment je ne décrirai plus jamais les scènes de ma vie. Cette mollesse à raconter, cette absence de saveur qui suscite le bâillement à vous en arracher la glotte. Si belles soient-elles, je ne désire plus les récolter mais plutôt cueillir vos bouches admiratives et vos yeux perdus dans ce vide d’envie qui me fera jubiler de satisfaction.

J’ai décidé de devenir mythomane professionnelle, pour vous servir. Ma vie sera à l’image d’un roman d’aventure, une ode à mon imaginaire débridée qui pourra s’enfler à faire rougir les psychosés de cette terre. J’ai décidé de pousser les limites de ma cervelle et au diable les épris de vérité !

Vous voulez savoir ce que j’ai vraiment fait hier, par ce soir de pleine lune? Voilà la première aventure de ma nouvelle vie, où j’ai risquée mon âme dans l’antre d’un être vile et démoniaque afin de subtiliser la recette d’une huile luciférienne aphrodisiaque. Une arme bactériologique qui a pour but d'exterminer la race humaine. J’ai hésité longuement avant d’entreprendre cette escapade nocturne, non point pas crainte d’échouer mais par indécision. Est-ce que l’humanité si peu éprise d’imaginaire méritait que je lui porte secours ? J’en doute encore mais bon… j’avais un texte à écrire.

Je m’étais préparé en récitant un mantra très puissant afin de me protéger de tout esprit maléfique qui désirerait me posséder et défaire mon brushing travaillé. Une mise en plie, peu faire bien des ravages du côté sombre de la force et les experts savent bien que les coiffures bipèdes éloignent les démons de souches inférieures. Armé de ma croix de première communion, ainsi que de mon troisième œil infaillible, je me suis dirigée grâce à un outil de télé transportation à la boutique maudite, où le mal régnait en Dieu suprême.

Déjà dans l’escalier à la peinture défraîchit, je sentais les effluves du souffre qui s’attachaient à mes vêtements, s’enroulant autour de moi tels des serpents en mal d’étouffement. Les marches craquaient sous mes pas, piaillement de glas funestes. On annonçait m’a venu au maître des lieux. J’étais attendue.

En haut de l’escalier, passant la porte infernale, je l’aperçue enfin…

Portant la laideur comme un charme inhumain, le sorcier artisan de la recette de l’huile luciférienne se tenait debout et faisait clignoter son auréole glauque d’une manière perverse. Les bras croisés sur ce qui semblait être un torse d’homme, il me souriait attendant sa proie, rêvant de me dévorer le cœur façon médium saignant.

Un cœur trop cuit n’a plus aucune saveur, selon le guide alimentaire des sorciers de l’ouest. Je le savais bien donc voulant déjouer son odorat, je m’étais aspergé du nouveau parfum en vogue du nom d’Âme Noire que portaient les célébrités de mauvaises vies d’Hollywood. Je sentais le bon boudin grillé ! Aucune chance d’être servie à souper. Les briseurs de cœur, j’avais appris savamment à les éloigner.

Son tremblement nasal me prouva que j’avais fait un bon choix. Sa déstabilisation olfactive me permis de m’approcher sans danger de l’être démonique. Le pauvre clignait des yeux bizarrement, je cru venir le temps du 360 cervicale mais il se retint de peur probablement d’être obligé d’aller voir un chiro. Il y avait une pénurie de chiropraticiens spécialisés dans les entités malignes. Une tare pour le corps médical qu manifestait leurs mécontentements en désinfectant à l’eau bénite leurs instruments chirurgicaux provoquant ainsi des diarrhées pernicieuses.

Un gargouillement salua ma proximité et ce fut ainsi que le démon se présenta.

- Bonjour ! Je me nomme Jason pour servir. Nous avons des huiles en spéciales sur votre gauche. Si vous avez besoin d’aide n’hésitez pas à me demander…

L’approche était conforme à un rituel de présentation. Le démon avait pris un nom d’un tueur cinématographique célèbre et nous étions vendredi. C’était la totale, je me devais de rester forte et braver les énergies négatives qui me transperçaient. J’entrepris de manipuler son esprit afin de le convaincre de se déposséder de l’huile maléfique. La procédure du contrôle de l’esprit est de réciter tous bas et à l’envers la chanson l’oiseau de René Simard. J’avais une extinction de la voix, la chance jouait pour moi.

- Vous avez des huiles aphrodisiaques ?
- Certainement Mademoiselle. Laissez-moi vous faire sentir la plus efficace.

Vaincre aussi facilement était presque désolant. Les forces du mal n’étaient plus ce qu’elles étaient. J’étais honteuse pour ce Jason, ce Belzébuth de pacotille. Encore un néophyte probablement… mais idéal pour une première mission.

La bouteille contenant le liquide sulfureux entre les mains, je sortis rapidement. Il y avait des limites à risquer sa vie pour un monde contenu qui ne débordait jamais de son contenant!

Terminée la routine ! Maintenant j’avais enfin une vie…

Mylène

Mensonges à la folie VII

-…Oui, je suis toujours en ligne…

-Lachance, Dr Maude Lachance…c’est ça oui.

-Mais pourquoi toutes ces questions? J’ai déjà tout expliqué à votre collègue!...Comment? Que je répète?? Ah non! Ça prendra une éternité!!!

-Bon, je recommence. Je suis le Dr Maude Lachance et l’une de mes patientes à été transférée chez-vous par erreur la semaine dernière. Elle se nomme Loretta Merola.

-C’est ça oui, Merola. Bon. Elle n’est pas schizophrène! Son délire a simplement été causé par une sous-alimentation suite à un choc émotif, c’est tout! Elle ne s’est pas nourrie pendant 5 jours, ce qui l’a mise en état d’hypoglycémie, qui à son tour a fait chuter son taux d’insuline pour finalement provoquer une démence temporaire! Ajoutez à cela une hypothyroïdie non contrôlée…Et vous avez le portrait typique d’une femme que l’on croirait à moitié folle ou à la veille d’avoir ses règles!
...
-Mais il est tout à fait normal qu’elle ait dit n’importe quoi! Qu’est-ce que vous croyez? Elle était affamée, faible, amorphe, complètement à côté de ses pompes, bien sûr! Qui ne l’aurait pas été? Et vous, plutôt que de la nourrir, vous l’avez bourrée de barbituriques, croyant à tort qu’elle souffrait d’un épisode psychotique! Normal qu’elle soit dans le cirage!

-…Si j’ai bu? Pourquoi? Quel est le rapport?...Ah…ce doit-être la ligne qui est mauvaise…d’ailleurs, moi aussi je vous entends comme si vous étiez dans une boîte de conserve!

-Si je me moque de vous? Mais pas du tout!!! Pour qui me prenez-vous?? Sachez monsieur qu’on dit de moi que je ne possède aucun sens de l’humour. Je suis une femme très sérieuse et qui prend à cœur le sort de ses patients!

-Bon écoutez-moi bien maintenant. Cette patiente qui est la mienne, et bien, savez-vous qui elle est vraiment?

-Je sais que je suis tenue au secret professionnel mais entre confrères et pour le bien-être de ma patiente, je dois vous dire la vérité : cette femme n’est nulle autre que la maîtresse du Premier Ministre…une femme gâtée, adulée, vivant dans le luxe et habituée à ce que l’on réponde à ses moindres désirs…Pardon?...Non! Pas une poule de luxe comme vous dites, plutôt une femme distinguée mais avec ses travers occasionnels…

-Mais bien sûr que j’en suis certaine! C’est d’ailleurs lui qui me l’a référée la première fois!...effectivement, elle a des antécédents…mais bon…C’est pourquoi je vous suggère de la remettre sur pieds subito presto pour la laisser sortir au plus vite! Ça vous évitera un tas d’ennuis! S’il fallait que le PM apprenne que sa chérie est dans un vulgaire hôpital psychiatrique plutôt que dans une « maison de repos privée », vous en perdriez sûrement vos subventions annuelles!


TOC! TOC! TOC!

-On frappe à ma porte. Je dois raccrocher. Je vous rappellerai plus tard pour convenir des modalités de la sortie imminente de Mme Merola. Au revoir!
Entrez!

-Bonjour Mme Merola! Vous allez bien ce matin? Voici votre petit-déjeuner! Et voici vos médicaments!

-Ah! Mais quand cesserez-vous de m’appeler Mme Merola?! Mon nom est Lachance, DOCTEUR Maude Lachance…Bon, j’ai eu la confirmation de mon médecin, un de mes confrères, et je sors cet après-midi! Il viendra signer les papiers et vous devrez me laisser partir d’ici!

-… (Soupir) C’est donc vous qui avez pris le portable de garde Leboeuf…? Allez, soyez gentille, donnez-le moi que je le remette à son propriétaire.

-Il n’en est pas question! D’ailleurs, le Premier Ministre doit m’appeler d’un instant à l’autre! Il me l’a juré! Je lui ferai mon rapport! Vous verrez! Je vous ferai tous foutre à la porte! Et vous serez tous à la rue! Vous n’êtes qu’une bande de minables! De vauriens! Vous me gardez ici contre mon gré! C’est un complot! Une machination! Vous voulez me rendre folle! Je le sais! Ah!!!!! Vous ne perdez rien pour attendre! Vous verrez! Je me vengerai!!!!! -(à l’attention d’un garde de sécurité) OK! Du renfort SVP! La Merola pète encore les plombs!!!! Et ce n’est ni la première, ni la dernière fois…

Nathalie